Pirelli Test Rider : en quoi ça consiste ?

Réalisé par Jean-Michel Lainé

On connaît les pneus, un peu moins la façon dont les tests sont faits en situation réelle ou du moins reproduite. Pirelli a installé son centre de tests deux-roues en Sicile à Giarre au pied de l'Etna. Outre les routes de l'île qui permettent de reproduire toutes les configurations que nous connaissons en Europe (autoroute, départementale, montagne, pistes, etc.), la marque exploite 3 circuits sur l'île et 5 autres dans le monde. L'avantage de la Sicile est que le thermomètre ne tombe jamais en-dessous de zéro et que la pluviométrie est très faible, ce qui permet de rouler toute l'année pour tester les pneumatiques dans toutes les conditions sur le sec. Pour les autres conditions, les pilotes qui effectuent les tests se déplacent sur les autres circuits sous d'autres latitudes plus propices à la pluie voire même la neige. Seules 23 personnes travaillent aux tests dynamiques des pneumatiques Pirelli : 4 pilotes seniors, 12 rouleurs, 5 techniciens spécialisés et 2 personnes pour l'administratif et la logistique. Un atelier est à leur disposition ainsi qu'un parc de 105 motos et scooters plus ou moins récents pour essayer de coller au mieux au marché visé par le pneu. Au programme, 180km de petites routes le matin répartis en 3 secteurs équitables qui permettent, d'après le pilote essayeur qui nous accompagne, de juger un pneu très rapidement : une première partie très glissante qui luit au soleil, une seconde au grip moyen avec quelques gros trous puis une dernière joliment affublée des adjectifs «twisty» et «bumpy», en clair défoncée. L'après-midi se déroule sur le circuit de Pergusa qui a tout d'un autodrome à l'ancienne c'est-à-dire un immense ovale où on ne coupe jamais. Quelques chicanes ont été construites depuis ces temps anciens pour casser la vitesse et permettre des freinages puissants. Deux montes Pirelli sont disponibles pour notre journée de test : des Angel ST et des Scorpion Trail. Si les pilotes Pirelli profitent également de ce parcours pour tester la concurrence, dans notre cas nous passerons cette journée initiatique sous un soleil de plomb portés par des Scorpion Trail au guidon de BMW R 1200 GS, Honda Crossrunner 800, Yamaha Super Ténéré 1200 et Ducati Multistrada 1200 avec l'Etna en toile de fond.

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Au départ de la journée fin juin, il fait déjà 20°C à l'ombre à 8h du matin, une température qui culminera à 40°C (à l'ombre aussi) à l'heure de rouler sur le circuit de Pergusa. Toute la matinée pour le test routier, le rythme sera régulier sans excès aucun même sur la deuxième partie avec un meilleur grip pour monter vers la ville de Troina qui domine toute la région avec une vue incroyable sur l'Etna et son panache de fumée depuis la cathédrale. La conduite se veut représentative d'un conducteur d'un niveau correct qui ne s'engage pas sur une spéciale ou une arsouille sans pitié avec ses copains, mais pour une journée de balade à un rythme moyen. On nous avait dit au briefing que la première partie était glissante et la dernière «bumpy», on n'a pas été trompé sur la marchandise. La route de la première partie est blanche et brille au soleil, c'est joli mais les machines se dérobent toutes un peu lors des relances et dans les virages, des conditions encore jamais rencontrées dans l'hexagone où il faut gérer au mieux la poignée des gaz sur ces trails aux gros couples. La seconde offre un grip correct pour slalomer entre les trous et les marches dans le bitume, cette portion est pratique pour tester le grip sur l'angle mais le rythme reste toujours inchangé. Enfin, la dernière partie est incroyablement défoncée, on a sans cesse l'impression que la route est en train de s'effondrer avec un enchainement de toutes sortes de bosses et de trous à moins que ce ne soit l'inverse. Parfait pour percevoir le confort du pneu. Ces 180km ne sont pas une balade de santé, surtout si vous envisagez de les faire avec un rythme plus élevé.

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L'après-midi se passe sur le circuit de Pergusa, une sorte d'ovale rapide de presque 5km entrecoupé de 4 chicanes dont une qui ne se prend pas sans freiner mais presque et qui permet entre chaque d'atteindre ou de dépasser les 200km/h. Le revêtement est composé de grandes plaques de bitume à l'adhérence variable, de raccords longitudinaux profonds et de quelques graviers avec le goudron qui s'effrite. On passe du soleil à l'ombre des eucalyptus qui bordent le tracé et dont les feuilles le jonchent par endroit hors des trajectoires. En piste, la Crossrunner manque cruellement de vitalité pour rouler vite ici. La GS ne s'en sort pas si mal notamment sur l'interminable virage à droite très rapide mais les freinages puissants à plus de 200km/h sur ce revêtement ne sont pas sa tasse de thé avec un avant qui bouge pas mal avec les appuis sur ce grand guidon. La Super T fait un peu mieux mais n'a pas la même stabilité sur les relances sur les vibreurs ni en courbe rapide. La MTS s'en sort mieux même si cette version sans suspension pilotée plonge beaucoup au freinage, elle est la plus homogène sur l'exercice dont le but est de valider des comportements sur l'autoroute avec des vitesses élevées et des freinages puissants plutôt que des virages à plein charge.

Voici donc le résumé d'une journée de travail type telle qu'elle est vécue par un Senior Test Rider chez Pirelli. A eux 4 et avec l'aide des 12 rouleurs, ils font 1 million de kilomètres par an. Un nombre important qui représente pas loin de 300 kilomètres à deux-roues par personne pour chaque jour travaillé ! Vous ajoutez à ceci les déplacements sur les autres circuits Pirelli à Idiada (Espagne), Arizona (USA), Sumarè (Brésil), Vizzola (Italie), Nardo (Italie) ou encore Tokyo (Japon), vous comprendrez pourquoi Alessandro qui nous accompagne insiste sur le fait que c'est avant tout la passion qui les anime ! Il ne nous a pas dit s'il voyageait à moto pour ses vacances...

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